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Friday, February 02, 2007

Viva la presidente !

"Ça y est, l’armée bouge" lâche un journaliste français, correspondant de presse à Santiago, ce matin du 11 septembre 1973. De sa fenêtre qui donne sur le palais présidentiel, il peut apercevoir le mouvement des chars et entendre le bruit inquiétant des "chenilles" sur la chaussée. Quelques heures plus tard, il câble à la salle de rédaction d’un grand quotidien parisien, cette phrase codée et laconique : « En ce jour du 11 septembre 1973, il pleut sur Santiago ». Mais il s’agit d’une pluie suspecte, pareille à celle qui tombait sur Brest, et que Jacques Prévert évoqua dans son poème "Barbara". "Une pluie de fer, d’acier et de sang ". L’armée chilienne venait de décider de mettre fin à l’expérience de l’Unité Populaire de Salvador Allende.

Costa Gavras nous raconte à l’écran, avec le lyrisme qu’on lui connaît, cet épisode de la chute d’Allende. L’expérience chilienne apparaissait pourtant, comme une voie pacifique vers le socialisme, cependant si elle était généreuse dans ses idées, elle était aussi naïve dans ses actions et fonçait droit sur les obstacles. Et l’un d’entre eux, et pas des moindres, la peur par les Etats-Unis d’un « second Cuba » dans la "méditerranée" américaine. A l’époque, la doctrine de la sécurité nationale faisait rage en Amérique latine et à Washington, un redoutable stratège veillait au grain, le Dr Henri Kissinger, conseiller très spécial du Président Nixon, pour les affaires de sécurité nationale. Le père de la théorie des dominos avait décidé de disputer aux russes le moindre espace politique en Amérique Latine et ailleurs. En ces temps de guerre froide, tous les coups étaient permis et on fermait les yeux sur les violations des droits de la personne. En vérité, le XXème siècle dans ses prétentions à "transformer" l’homme, fut le siècle des grandes guerres, de la "verrue" totalitaire et des exterminations programmées. C’était aussi, il faut l’avouer, le siècle de la quête de sens.

Trente ans après les évènements de 1973, le Chili apparaît comme un bel exemple de démocratie dans la région. L’armée chilienne a fait le ménage, la droite joue élégamment le jeu démocratique et respecte le pacte républicain, la gauche s’est modernisée, libéralisée, sans perdre son "âme". Un récent rapport de la Banque Interaméricaine de Développement rendu public par Kesnel Farel, rendait justice entre autres au mérite de la démocratie chilienne et à la solidité de ses institutions. Le pays vient de réussir certes une belle élection, mais le plus rassurant est de voir un riche milliardaire, Sébastien Piñera, candidat de la droite rendre hommage en des termes chaleureux à la nouvelle Présidente du Chili, Michèle Bachelet, une femme célibataire, mère de trois enfants, agnostique, incarnation de cette gauche pragmatique à la chilienne. Car Michèle Bachelet à l’époque de la chute d’Allende fut arrêtée et torturée et dû partir pour l’exil. C’est une femme déterminée qui revint dans son pays, décider à participer à sa reconstruction et à panser la "déchirure". Ancienne ministre de la santé et de la défense, elle devient une personnalité respectée d’une armée débarrassée de ses "brutes bottées". Le secteur des affaires a aussi pour cette femme, une certaine admiration, elle n’a plus certes, ses illusions d’étudiante gauchiste rêvant de la révolution mais elle croit possible la bataille pour un Chili plus juste. Ségolène Royale, une des candidates en vogue du parti socialiste français a été à Santiago, devenue la nouvelle "Mecque" de la gauche "latine", se tremper dans l’air du temps. Elle cherche aussi à se "tailler un costume international", elle qui apparaît comme la nouvelle « Diane française » et qui séduit le peuple de gauche, autant que sait le faire Sarkozy à droite.

C’est donc une personnalité, représentant d’un "féminisme de pouvoir", une collaboratrice appréciée des hommes, une femme de conviction qui s’apprête à assurer les destinées d’un Chili stabilisé et qui sait profiter de ses mines de cuivre. Le pays de Pablo Neruda et d’Antonio Skarmeta jouit aussi d’une interface régionale avec plusieurs de ses fils assumant des responsabilités diplomatiques de première importance. Trois décennies après la chute de l’Unité Populaire, "une fleur rouge" a poussé dans les magnifiques jardins de la Moneda, et le ciel est serein.

Roody Edmé

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